Le figuratif

Après avoir brièvement évoqué l’art figuratif dans mon article sur l’art abstrait, il est temps de nous pencher sur ce pan considérable de l’art en général. Car en effet, si l’art abstrait est apparu très récemment dans l’histoire de l’art, la figuration est quant à elle née avec l’art lui-même puisque la plus vieille forme d’art, l’art pariétal (ou rupestre), était déjà figurative il y a de cela des dizaines de milliers d’années. Mais reprenons au commencement. Tout d’abord, que signifie le terme figuratif associé à l’art ?

C’est une notion basique que vous connaissez probablement déjà mais il n’y a pas de mal à clarifier les choses. Quitte à écrire un article sur le sujet, autant lui donner une base solide : sa définition. L’art figuratif englobe toute forme de médium artistique (peinture, sculpture, photographie, dessin, fresque, art textile, céramique, etc…) et vise à représenter le réel. Un homme. Un animal. Un paysage. Il consiste donc, pour schématiser grossièrement, à reproduire ou imiter tout ce qui nous entoure. On peut associer à cette notion celle de la mimesis qui nous vient de la philosophie et plus particulièrement de Platon et Aristote. En effet, la mimesis est un terme qui désigne directement le fait d’imiter la nature. Cependant, ce pan de l’art qui accueille en son sein la majorité des œuvres produites dans le monde chaque année, pourrait se diviser en deux tendances bien distinctes : l’art figuratif total et l’art figuratif partiel. Ces termes et cette désignation n’ont rien d’officiels mais c’est simplement ainsi que je les nomme et les différencie. La distinction n’est pas forcément claire de prime abord mais elle est importante.

Art pariétal (aussi appelé art rupestre)
L’art figuratif total (réaliste)

Cette version de l’art figuratif est la plus poussée. Elle désigne toutes les représentations dont l’objectif principal est le réalisme. Le traitement du sujet n’a pas besoin d’être hyper réaliste dans tous ses aspects pour entrer dans cette catégorie de l’art figuratif. Il suffit généralement d’avoir un dessin à minima semi-réaliste et de s’appuyer ensuite sur diverses notions pour obtenir un résultat probant. Les notions en question sont diverses et vont des proportions, aux valeurs d’échelles, en passant par la gestion des ombres et des lumières ou encore par la sélection de couleurs appropriées. Tous ces paramètres peuvent être poussés au maximum dans la même peinture, ce qui donnera alors une peinture hyper réaliste et fera la preuve de la maîtrise de l’artiste mais cela n’est pas une obligation évidemment. Ne pousser que certains de ces paramètres, tels que les lumières et le dessin par exemple, marchera également très bien et produira une œuvre réaliste sans pour autant avoir un rendu hyper détaillé. L’art figuratif total désigne donc à mon sens la représentation juste du sujet, le niveau de détail et donc de réalisme pouvant varier.

L’art figuratif partiel (non réaliste)

Cette version de l’art figuratif est plus libre. Elle englobe selon moi toutes les représentations fantaisistes, stylisées et/ou simplifiées de la figuration. Après tout, ce n’est pas parce que l’on est capable de représenter le réel à la perfection que l’on est obligé de le faire. Il ne faut pas oublier non plus que de nos jours, la photographie fige le monde avec une efficacité instantanée au contraire de n’importe quel peintre, aussi talentueux soit-il. J’entends par là que produire un tableau réaliste ou hyper réaliste demande du temps en plus de talent et qu’à ce jeu-là la photographie gagnera toujours. Cela ne veut pas dire que le réalisme en peinture est à éviter. C’est un choix qui reste le pré carré de chaque peintre. S’affranchir en partie du réel pour le retranscrire à sa façon est toutefois l’une des forces de l’art en général, qui permet à l’artiste de s’exprimer plus librement et de faire rejaillir sa personnalité. On peut manipuler une photographie pour la rendre plus percutante mais on ne pourra jamais la personnaliser à la manière d’une peinture car le matériau de base restera toujours juste (anatomie, proportions, textures, lumières, etc…). Or un artiste pourra, lui, déformer toutes ces règles et ces formes à loisir. Ici, l’on pourra aisément reconnaitre un personnage, un animal ou un paysage mais l’artiste s’affranchira de certaines des règles dites académiques pour y injecter son style, son humeur ou son interprétation. Dans ce cas de figure, ce n’est pas tant l’exécution qui prime mais plutôt l’expression. À ce titre, cette version de l’art figuratif peut parfois être un pont entre la figuration totale et l’abstraction.

Si l’on devait résumer la définition de l’art figuratif, on pourrait dire que cet art est avant tout représentatif. Il se base systématiquement sur le réel mais n’est pas tenu de s’y conformer.

peinture acrylique sur toile coton par Léa Gauthrel, artiste peintre contemporaine, représentant un bébé en pleine introspection
Peinture figurative et abstraite

C’est à ce moment précis que les plus attentifs (et les plus tatillons) d’entre vous pourront s’offusquer à juste titre avec cette simple question : si l’art figuratif est systématiquement basé sur le réel, que fait-on des peintures de dragons et autres fantaisies ? C’est une bonne question à laquelle j’ai déjà, indirectement, répondu. En substance, l’art figuratif total se base sur le réel, est réaliste et juste, là ou l’art figuratif partiel se base sur le réel mais n’est pas forcément réaliste ou même juste. Ainsi, les licornes, dragons, krakens et autres joyeusetés appartiennent à l’art figuratif partiel. Une licorne n’est pas réelle bien sûre, mais elle se base sur l’anatomie du cheval, qui lui est bien réel. On pourrait débattre durant des heures sur les inspirations des dragons, krakens, fées et consort. Et même des aliens. Mais au final ce sont des créations humaines et l’humain se base toujours sur le réel pour construire quelque chose, quitte à s’en affranchir par la suite. Je veux dire par là que les dragons sont de très gros lézards ailés qui crachent du feu. Les krakens sont de très gros poulpes aimant jouer avec des bateaux. Je caricature un brin. Les xénomorphes sont les enfants illégitimes d’un pneu et d’un pot d’échappement. Bon d’accord, je force sur l’humour, mais à bien y regarder, le xénomorphe possède des bras et des jambes, une colonne vertébrale très apparente dont la queue est le prolongement. Je veux dire, on voit les vertèbres. Tous ces éléments ont des origines évidentes, ils ont été déformés et adaptés pour créer une créature de cauchemar mais les bases sont réelles. Il en va de même pour toutes les créations, même les plus originales. Même les plus abstraites. Mais je digresse. Revenons au sujet.

Maintenant que nous avons brossé le portrait de l’art figuratif, nous allons voir quelques exemples parce que c’est bien connu, une image vaut mille mots. Et en toute sincérité, ce proverbe n’a jamais été aussi approprié parce qu’après tout, nous parlons de représentation depuis tout à l’heure. Par extension, d’images. Il serait bienvenu d’en voir quelques-unes, n’est-ce pas ?

La Joconde, 1503-1506

Pour ce premier exemple, prenons une peinture que tout le monde connait. En effet, difficile de faire plus célèbre que la Joconde de Léonard de Vinci dont voici un petit visuel. Ici, nous sommes en présence d’une peinture figurative, sans le moindre doute puisqu’il s’agit d’un portrait (premier plan) et d’un paysage (arrière-plan). Ce célèbre portrait appartient à la figuration totale puisque tout ce qui y est représenté est traité de façon réaliste (proportions, valeur d’échelle, distance, etc…) et est, a priori, juste (anatomie, lumière, couleurs, etc…).

Femme au béret et à la robe quadrillée (Marie-Thérèse Walter), 1937

Prenons un autre portrait. Cette fois-ci de Picasso. Il n’a absolument rien à voir avec la Joconde de Léonard de Vinci et pourtant il appartient également à l’art figuratif car on y reconnait bien un portrait, certes façon puzzle, mais un portrait quand même. Les yeux, le nez, la bouche, le béret, tous ces éléments sont visibles et reconnaissables. Toutefois ce portrait-ci appartient à la figuration partielle. Il n’est pas question de réalisme ici.

Le Cri, 1893

Ce tableau de Edvard Munch n’est pas un portrait et pourtant, il en reprend les codes. Un personnage au premier plan et un paysage en arrière-plan. Ici Munch a vraisemblablement personnifié son angoisse face à un coucher de soleil spectaculaire et à une nature écrasante. Du moins c’est ainsi que je le comprends. Mais quelle que soit notre lecture de cette œuvre, une chose est sûre, cette peinture appartient elle aussi à la figuration partielle. Il n’est pas question de réalisme ici mais plutôt de ressenti.

Pour achever cet article, nous allons évoquer le besoin instinctif et parfois inconscient que nous éprouvons à trouver dans ce que nous voyons des motifs et des formes connues. Il n’est pas rare d’entendre quelqu’un dire qu’il voit telle ou telle forme dans un tableau pourtant complètement abstrait. A la manière d’un enfant qui voit un animal dans un nuage à la forme singulière, nous recherchons tous des formes reconnaissables, d’autant plus si ce que nous voyons n’en contient a priori aucune. C’est un réflexe tout à fait naturel puisque notre cerveau, et par conséquent notre œil, a (dès la naissance) apprit à rechercher, identifier et mémoriser ces formes. C’est peut-être pour cette raison que la figuration a encore tant de succès de nos jours, même à l’heure ou l’art abstrait bat des records de vente. Reconnaitre un objet, un personnage ou quoi que ce soit d’autre est rassurant, apaisant et probablement aussi plaisant pour notre cerveau. Cela est d’autant plus vrai pour les portraits car les images représentant des hommes ou des femmes ont bien souvent plus de succès que celles n’en ayant pas. Nous avons tendance à rechercher notre propre image. Ainsi donc, la figuration a encore de beaux jours devant elle.

Pour conclure, je pense que la figuration et l’abstraction ne sont pas forcément antinomiques. Sur bien des points, elles peuvent même se compléter l’une l’autre : la figuration fait appel à notre mémoire, à nos connaissances et à nos préférences tandis que l’abstraction fait appel à notre intuition, nos émotions et notre imagination. On pourrait extrapoler et dire que la figuration s’adresse à l’hémisphère gauche de notre cerveau, logique et rationnel, tandis que l’abstraction s’adresse à l’hémisphère droit, intuitif et émotionnel. Mais tout ceci est avant tout mon ressenti sur le sujet. Libre à chacun d’aborder la figuration et l’abstraction d’une autre manière bien évidemment. En espérant que ce nouvel article vous aura plu, il est temps de remercier ceux qui liront ces derniers mots et de vous dire à bientôt pour le prochain article !

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