Le jaune et ses nuances

Après le bleu et le rouge, voyons finalement la troisième et dernière couleur primaire, j’ai nommé le jaune. Couleur lumineuse par excellence, nous allons pourtant voir ensemble que comme la plupart des couleurs du cercle chromatique, le jaune n’échappe pas à son lot de contradictions. Effectivement, bien que le jaune soit indissociable du soleil et de la symbolique plutôt bénéfique de ce dernier, cette couleur peut basculer dans le négatif par excès.

Bien sûr, la symbolique de cette couleur est grandement impactée par l’astre solaire mais pas seulement puisque l’or, qui lui est associé, a tendance à valoriser davantage son image dans nos imaginaires. C’est une couleur aussi précieuse que trompeuse, une affirmation qui sera expliquée au fil de cet article puisque que je vais bien évidemment vous exposer le pourquoi. Toutefois il est une chose que le jaune incarne naturellement par rapport aux autres couleurs du cercle chromatique, sans même que nous ayons besoin d’y penser : la lumière. Peut-être parce que cette teinte nous rappelle la couleur vacillante de la flamme d’une bougie ? Ou bien tout simplement parce que le feu, quelle que soit sa source, la projette et nous éclaire, à la manière du soleil. Quoi qu’il en soit, et même si cette couleur possède bel et bien des aspects négatifs, c’est de loin la couleur la plus positive de toutes celles qui existent.

Tour d’horizon

Couleur des rois par excellence puisque couleur la plus précieuse qui soit, en Chine, le jaune est la couleur suprême car elle est réservée aux vêtements de la famille impériale. L’empereur, Fils du Ciel, s’habille en effet en jaune, la couleur de la Terre. D’ailleurs la Terre étant au centre des quatre autres éléments, elle fait le lien entre eux et sa couleur, le jaune, est synonyme de nécessaire harmonie. Assez logiquement, le jaune est généralement l’attribut des dieux de lumière. Lié à l’or, il est l’œil de Mithra, de Varuna. Également du Mithra iranien, manifestation du Verbe Divin et source de toute lumière : Mithra, le « soleil invincible », qui habite la montagne d’or et frappe les esprits impurs de sa massue d’or. Dans l’hindouisme, Vishnou, dieu éclatant de lumière, porte des habits jaunes. En Egypte, Horus, fils d’Iris et d’Osiris, incarne le soleil et est lié à l’or tout comme le dieu grec Apollon, fils de Zeus, qui conduit le char du Soleil. En science héraldique, le jaune est le mélange du blanc (sagesse divine) et du rouge (amour divin).

Ses qualités

Lumière, chaleur, joie, gaieté, créativité, abondance, parfois même bonheur. Les qualités liées à la couleur jaune ne manquent pas et cela remonte à bien longtemps. En effet, elle revêtait et revêt toujours en plus de tout cela une connotation sacrée puisque bon nombre de religions (peut-être même toutes) utilisaient l’or, qui lui est associé, pour manifester le caractère divin de leurs icônes ou embellir leurs textes via des enluminures parfois très couteuses et complexes. C’est d’ailleurs aussi à cause de cela que la notion de préciosité lui est si étroitement attachée. Notons au passage pour appuyer tout cela que les prêtres catholiques continuent de célébrer les grandes messes en chasuble d’or. Certains rois de France se réservaient cette couleur qui est ici et ailleurs dans le monde toujours symbole aujourd’hui de pouvoir et de richesse. Les pièces d’or ont longtemps été courantes dans bon nombre de régions du monde et la valeur de ce métal précieux a toujours été une valeur étalon pour diverses monnaies ou une valeur refuge par temps de crise. Le jaune incarne autant la vie, qui par association d’idée n’est possible que grâce à la lumière, que le dynamisme en règle générale (mouvement, tonicité, énergie), probablement parce qu’elle est visuellement très vive.

Ses défauts

Après tant de qualités et de notions aussi positives, il est évident que même la couleur la plus lumineuse du cercle chromatique n’échappe pas à certains aspects négatifs. Dans la symbolique populaire, le jaune est progressivement passé d’une couleur triomphante à la couleur de l’envie et de la jalousie. C’est aussi la couleur de Judas ce qui par glissement en a fait la couleur de tous les traitres. D’où l’étoile de David dont le jaune n’avait probablement rien d’innocent aux yeux des antisémites qui l’ont inventé. On qualifie d’ailleurs de jaune les non-grévistes ou les briseurs de grèves, et à une certaine époque on peignait en jaune les volets des traitres à leur patrie. C’est une couleur que l’on associe aussi à l’adultère. Par extension sémantique, la couleur des trompeurs est aussi devenue celle des maris trompés et des rires grinçants, le fameux rire jaune. Enfin, cette couleur est également symbole de maladie. Le jaune mauvais, celui qui renvoie aux maladies et à la tristesse, vient aussi vraisemblablement de la couleur de la bile et est sans doute hérité en partie de la théorie des quatre humeurs. La bile, en grec chole, était alors liée au type du cholérique. Habiller les fous de jaune et de vert comme cela se faisait au Moyen-Âge n’était donc pas si inconcevable à la lumière de cette théorie. Pour être complet et à la même époque en Occident, évoquons pour finir le trafic de l’or dans lequel on confina les usuriers juifs, et où l’ancien or blanc divin devint peu à peu le mauvais métal jaune.

Cela devient peut-être un peu redondant mais permettez-moi de répéter une fois encore que tout ce que j’écris sur ce blog n’a pas pour ambition de revendiquer la moindre autorité. Ça a été dit et redit depuis le premier article posté mais cela ne fait pas de mal de le rappeler rapidement. Il est temps à présent de citer mes quatre nuances de jaune préférées et de voir ce qu’elles peuvent m’évoquer.

Jaune d’or

Incontournable, cette nuance est brillante et précieuse à l’instar du métal du même nom. Nuance toute désignée du luxe et de la richesse, elle apporte une touche de sophistication et d’élégance quand elle est utilisée à bon escient. Lorsqu’elle est utilisée en excès cependant, elle peut devenir clinquante et acquiert un aspect bas de gamme qui est généralement à l’opposé de l’effet recherché. Associée à des teintes sombres et neutres, comme le gris ou le noir, elle fait des merveilles et devient très graphique sans trop d’effort. Pour plus d’élégance et de profondeur, on peut la combiner à un bleu très sombre ce qui aura le mérite de faire naître une énergie toute particulière et qui attirera à coup sûr l’attention des spectateurs. L’or est souvent utilisé en peinture pour attirer l’attention sur un sujet ou un détail, ou pour le dire plus simplement, pour magnifier un élément en somme. C’est une nuance intemporelle, qui commande notre attention sans pour autant nous agresser et qui, par jeu de mimétisme, nous évoque toute la symbolique de l’or en un seul coup d’œil. Bien pratique !

Ocre jaune

Pigment issu d’une roche ferrique, cette teinte est ancienne puisqu’elle était déjà utilisée à la préhistoire. C’est l’une des rares couleurs naturelles que nous utilisons encore aujourd’hui. Très chaleureuse, elle oscille entre le marron et le jaune avec une pointe d’orange. Elle donne un aspect joyeux et convivial, une impression de confort aussi. Peut-être parce que cette teinte si particulière me rappelle la couleur des flammes d’un feu de cheminée. Il y a quelque chose de saisissant dans cette nuance, surtout lorsqu’on la découvre dans un paysage à l’état naturel. Pas étonnant que nos ancêtres se soient intéressés à cette roche si particulière ! En peinture, cette nuance est incontournable pour bien des mélanges et bien des usages, sa chaleur mordorée faisant son petit effet dès qu’on la couche sur la toile.

Jaune ambre

Entre le miel, l’or et le jaune, cette nuance est douce et chaleureuse tout en étant vraiment très apaisante. Comme la pierre du même nom, elle possède des notes subtiles d’orange qui en font un jaune tout à fait efficace si on l’associe à du gris ou des bleus légèrement atténués. C’est une teinte qui renferme en son sein toute la symbolique de l’ambre et ce, sans avoir besoin d’y prêter attention. Ceux qui la connaissent y seront sensibles sans trop y penser. Quant à ceux qui l’ignorent, ils finiront par retomber dessus instinctivement : l’ambre est une résine fossile, elle a donc réussi a traversé les siècles et à ce titre, elle est un symbole d’éternité. Elle porte bonheur et on considère qu’elle incarne les liens indéfectibles, notamment dans les mariages avec les noces d’ambre. De tout cela, il ressort la notion de porte-bonheur ou de bonheur tout court pour caractériser la teinte du même nom.

Jaune moutarde

Le jaune moutarde est un jaune foncé, ce qui n’est pas si courant. Après tout, dès que nous pensons à la couleur jaune en général, nous avons tendance à imaginer des teintes plutôt claires en priorité. Cette nuance est plutôt efficace avec n’importe quel genre de design. D’ailleurs, elle est plutôt populaire dans le marketing. Personnellement, je trouve qu’elle apporte un côté solennel au nuancier jaune qui est d’ordinaire bien plus joyeux, voir festif ou parfois tape à l’œil. Difficile de ne pas voir un jaune poussin par exemple, à l’instar d’un rouge vif, mais le jaune moutarde lui a cet avantage d’attirer notre regard, à n’en point douter, tout en nous laissant nous en éloigner dans la foulée. Il est là, bien présent, mais n’aura pas la fâcheuse tendance à trop retenir notre regard. C’est un aspect intéressant pour une couleur suivant ce que l’on veut accomplir.

Si le jaune est la couleur positive parmi toutes celles que nous connaissons, il n’en reste pas moins qu’elle est parfois boudée par une partie de la population en raison, je suppose, de son incroyable vivacité et de certaines notions négatives qui lui sont associées. Là où le rouge est parfois trop puissant dans sa vibration visuelle, le rendant agressif, le jaune peut quant à lui être terriblement vif, si bien qu’il aura des chances d’en déranger certains. Vous vous souvenez peut-être que j’aime à comparer les couleurs à des sonorités, ne serait-ce que pour me forcer à les appréhender autrement. D’une façon qui n’est pas commune et qui a le mérite de bousculer mes habitudes et les idées préconçues dont nous sommes parfois la victime involontaire. Si le noir est un murmure persistant, le blanc un cri chantant, le bleu une berceuse symphonique et le rouge un hymne universel, alors le jaune est une sarabande endiablée. En effet, il n’est pas de couleur plus joyeuse dans le cercle chromatique donc je pense que le jaune ne peut être qu’un air diablement entrainant, entêtant même, qui nous invite à danser et danser encore, avec frénésie, ferveur et même folie.

Afin de compléter et terminer cet article avec quelques œuvres autour du jaune, je vais citer ici les tournesols de Vincent Van Gogh, les installations de Yayoi Kusama encore une fois, le Christ jaune de Paul Gauguin, le phare de Collioure d’André Derain, ou encore le baiser de Gustav Klimt.

Et je vous remercie d’avoir lu jusqu’ici. À bientôt pour le prochain article !

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