Le rouge et ses nuances

Après le bleu, voyons pour ce nouvel article le rouge. Cette couleur primaire est probablement la plus intense du cercle chromatique et a de quoi déchaîner les passions. Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, elle nous laisse rarement indifférent et est souvent citée à travers le monde comme la couleur que nous préférons. Alors oui, les trois phrases que vous venez de lire servent d’introduction sans grande imagination mais nous n’allons pas en rester là.

Commençons par noter que parmi toutes les couleurs, le rouge est utilisé depuis très longtemps puisque sous forme d’oxyde de fer, on le retrouve déjà dans les peintures pariétales telles que celles de Lascaux. Les hommes de Néandertal s’en servaient eux aussi. Ils en recouvraient leurs morts lors des enterrements, peut-être pour rendre à ces derniers la chaleur du sang ou de la vie ? En tous cas, le rouge est la couleur la plus répandue dans le monde et cet état de fait n’est pas sans raison : le rouge est bel et bien la couleur la plus puissante, visuellement et symboliquement, du cercle chromatique. Pêle-mêle, elle est associée au feu, au sang, à la passion, au courage, à l’amour, à la violence et à la guerre. Bref, cette couleur est autant associée à la vie qu’à la mort, ce qui signifie qu’elle possède des valeurs symboliques très différentes et parfois même diamétralement opposées. Le rouge est la couleur la plus paradoxale qui soit. De par sa charge symbolique d’une part, et de par la perception que nous en avons d’autre part. En effet cette couleur est plutôt clivante, j’entends par là que ceux qui l’aiment lui vouent presque un culte (j’aime grossir le trait parfois) alors que ceux qui la détestent la rejette de façon quasi automatique, sans réellement lui donner sa chance. Elle peut paraître repoussante ou importune parce que trop vive et trop puissante. Nous parlons de la couleur de la passion après tout, elle exacerbe cette dernière, à n’en point douter.

Tour d’horizon

Dans l’ancienne Egypte, c’était la couleur du dieu Seth et celle du serpent de mort Apophis ; leurs noms sont écrits à l’encre rouge sur les papyrus. Dans l’art ancien mexicain on employait le rouge surtout pour représenter le sang, le feu ou le soleil. En Chine, le rouge était la couleur sacrée et vivante de la dynastie des Chou et également la couleur du yang qui culmine en été et au sud, symbole de vitalité, y compris sexuelle. C’est d’ailleurs pour cette raison que les jeunes mariées s’habillent en rouge pour leurs noces. Les portes peintes de laque rouge signalent aussi la présence de la joie dans la maison. Le cinabre, qui prête son nom à l’une des nuances du rouge, est un signe d’immortalité. Nombre de drapeaux révolutionnaires sont entièrement ou en partie rouges. Adam, le premier homme, était rouge. D’autre part, porter du rouge cardinal signifiait autrefois que l’on était prêt à se sacrifier pour l’Eglise.

Ses qualités

Indéniablement, le rouge attire l’attention. Il incite à agir, à consommer ou tout simplement à s’investir d’une quelconque manière. Les panneaux de signalisation se servent de son impact visuel, tout comme de nombreuses marques. Qu’on l’associe à la férocité ou au courage, il domine généralement les compétitions (sportives ou autres), car quiconque affiche cette couleur est inconsciemment perçu comme une personne plus agressive que les autres. Symbole d’amour et de vitalité, il évoque également le plaisir, qu’il soit gustatif ou charnel. Et si le rouge devait s’incarner dans un seul et unique support, il ne serait pas étonnant de le voir devenir une rose d’un rouge éclatant car cette variété de fleur en particulier est étroitement liée à cette couleur. En Asie, il porte chance. C’est aussi comme évoqué plus tôt une couleur révolutionnaire qui se manifeste régulièrement dans les affiches ou sur les drapeaux. D’ailleurs, le rouge est la couleur la plus utilisée sur les drapeaux à l’échelle internationale. C’est aussi la couleur qui a été choisie pour certaines associations d’aide humanitaire comme la Croix Rouge ou le Croissant Rouge par exemple. Et pour cause, le rouge est la couleur de la vie (en opposition au noir en occident ou au blanc en Asie qui sont associés à la mort).

Ses défauts

Toutefois le rouge est aussi une couleur qui évoque la mort de bien des façons, mais toujours indirectes. D’abord, le rouge est utilisé pour signaler un danger (de mort), probablement parce qu’il commande notre attention mais pas seulement. On l’a toujours très logiquement apparenté au sang, ce qui pourrait expliquer en partie pourquoi on s’en sert pour prévenir du danger au-delà de sa propension naturelle à nous interpeler. Lié à la violence et à la colère par son intensité et l’évocation précédemment citée, il agressera autant qu’il attirera le regard d’autrui. Dans ses versions les plus intenses il est très agressif, au point de déranger certaines personnes, il sera donc utilisé autant pour intimider que pour dominer. Le fait qu’il évoque le sang le lie de facto aux guerres ou à la notion de conflit en général, puisque la moindre blessure le fait apparaître. Le Diable est souvent associé à la couleur rouge. De plus dans certaines cultures, peindre un animal en rouge signifiait qu’on le détestait et les sacrifices comme la sphagia étaient naturellement évocateurs de cette couleur par la présence de sang. Le pentacle qui est une amulette de protection est souvent tracé en rouge, peut-être pour renforcer son pouvoir.

Il est temps d’évoquer à présent les différentes nuances du rouge et ce qu’elles évoquent à mes yeux. Ce qui, je me permets de faire un mini rappel, n’engage que moi et n’est en aucun cas une vérité universelle (oui je me répète souvent mais c’est important). Afin que mes articles sur les couleurs conservent une taille relativement raisonnable, je ne vais pas évoquer toutes les nuances de cette couleur (ou d’aucune autre couleur faisant l’objet d’un article de blog sur mon site). Cela serait bien trop fastidieux, sans compter que décliner une couleur, quelle qu’elle soit, peut produire une quantité quasi infinie de nuances donc je vais tout simplement me contenter d’évoquer quatre nuances que j’apprécie tout particulièrement. Sachez que je ne vais pas parler du rose ici car il fera l’objet d’un article à part entière.

Rouge écarlate

Nuance emblématique de cette couleur, le rouge écarlate est puissant, intense, violent. Il agresse notre rétine autant qu’il l’interpelle. Franche, cette nuance est une affirmation, une déclaration même que quelque chose est à voir ou à noter, à saisir ou à éviter. D’ailleurs les rouges les plus intenses dans le règne animal sont utilisés exactement de cette manière : prévenir leurs prédateurs éventuels qu’ils sont toxiques ou (faussement) dangereux afin qu’ils passent leur chemin. Certains fruits deviennent rouge vif lorsqu’ils sont arrivés à maturité, ce qui est une indication tout à fait pratique pour qui voudrait les manger. Cette nuance est tout à fait ambivalente car elle évoque autant le danger que l’amour. Après tout, quoi de plus romantique qu’un bouquet de fleurs d’un éclatant rouge écarlate ? Quoi de plus impérieux qu’un feu de signalisation rouge vous intimant de stopper net ? Au fond cette nuance, ou la couleur rouge elle-même n’est peut-être pas si ambivalente que ça car on pourrait tout à fait dire que l’amour est un jeu dangereux mais là je crois que m’égare… Passons.

Rouge amarante

Cette nuance plutôt sombre mais plus saturée tout de même que le rouge bordeaux (que j’apprécie également beaucoup pour sa sobriété) est à la fois joyeuse et élégante. On pourrait presque dire raffinée selon nos goûts et nos préférences. Elle est suffisamment atténuée pour être associée à une sélection d’autres couleurs sans devenir criarde, tout en étant suffisamment ancrée dans le nuancier rouge pour attirer le regard en un instant. Comme toutes les nuances plus sombres, elle fait des merveilles quand on l’associe à sa complémentaire (le vert). Outre cela, son nom vient d’une plante dont la couleur est effectivement peu commune dans la nature, entre rouge, bordeaux et violacé dans une moindre mesure. On peut d’ailleurs noter que cette même plante est synonyme d’immortalité ce qui, par voie de conséquence, s’applique aussi à la nuance elle-même.

Rouge pourpre

Si le rouge amarante est légèrement violacé, le pourpre lui est bien plus franc et est un rouge violacé profond. Cette nuance, d’origine animale, est encore aujourd’hui visible sur certains représentants de l’Eglise catholique et affichait autrefois au grand jour la richesse et la puissance de ceux qui la portaient. C’est une couleur intense, très vive et peu commune. Les notions qui lui sont rattachées viennent de l’époque où l’oxyde cyanique était extrait du murex, ce mollusque gastéropode étant localisé principalement autour de la méditerranée. Le processus d’extraction ainsi que la relative rareté ont probablement donné aux étoffes de cette teinte un prix élevé, ce qui les réservaient de fait aux gens fortunés et puissants. Quoi qu’il en soit, le pourpre est toujours aussi apprécié de nos jours et grâce aux colorants synthétiques, cette nuance a pu se démocratiser. En peinture, elle est bien trop forte visuellement pour être utilisée en tant que couleur dominante mais en tant que rehaut coloré, elle est tout à fait efficace.

Rouge cardinal

Plus soutenu que le rouge écarlate, ce rouge est l’un des plus vifs qui soit et tire son nom de l’oiseau du même nom dont la couleur tranche radicalement avec le noir de ses plumes et le vert de son environnement. Profonde, cette teinte à de quoi nous interpeler à la manière de l’écarlate sans pour autant posséder cette subtile nuance de danger. Ici, nous avons affaire à un rouge qui commande l’attention sans pour autant nous agresser. Du moins, cette lecture n’est qu’un ressenti personnel. D’autres y verront peut-être un rouge agressif. Toujours est-il que cette nuance est chargée elle aussi de quelques symboliques. Comme évoqué plus tôt, les cardinaux de l’Eglise catholique portaient cette couleur pour exprimer le sacrifice qu’ils étaient prêts à faire pour elle. D’autre part, c’est la nuance que nous associons par défaut à la fameuse rose rouge symbolisant l’amour. De toutes les nuances de rouge qui existent, celle-ci est sans nul doute la plus intemporelle.

On ne le répètera jamais assez mais tout ce qui est écrit dans ce blog n’est pas monolithique : ma perception des choses pourra tout à fait évoluer dans le temps, comme cela peut arriver pour tout le monde. Tout ceci, hormis les références historiques ou culturelles, n’a pas pour ambition de définir le rouge et ce que l’on doit en penser mais simplement de le questionner. Cette exploration succincte de la couleur rouge touchant à sa fin, abordons à présent la sonorité qu’elle m’évoque. Bien qu’il soit perclus de paradoxes, pour moi le rouge est un hymne. En effet, si cette couleur renvoie aussi bien à la vie qu’à la mort alors elle est l’hymne universel par excellence car qu’y a-t-il de plus instinctif, de plus viscéral que la vie ? Qu’y a-t-il de plus naturel, de plus inévitable que la mort ? Tantôt puissant et féroce, tantôt passionné et vibrant, ou même presque sauvage par certains côtés, le rouge pourrait à lui seul composer la mélodie de nos vies. Quitte à jouer avec les mots, autant filer la métaphore… d’un fil rouge. Ahem.

Citons une fois encore quelques artistes dont le travail du rouge est à noter : Yayoi Kusama se sert souvent du rouge dans ses installations. Anish Kapoor avec notamment son canon à matière qui projette de la peinture rouge. Mark Rothko et ses toiles sur la vibration du rouge. Et j’ajouterai, parce que c’est l’un de mes tableaux favoris, les coquelicots de Claude Monet. Il existe une myriade d’autres exemples que je pourrais évoquer bien sûr, mais il faut savoir rester concis (du moins, la plupart du temps). Une fois de plus, si vous lisez ces derniers mots, merci à vous et pour la suite, rendez-vous au prochain article. À bientôt !

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